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Vestiges d’un CSS Guru

Billet

Piratage : un problème global d’accès

Comme beaucoup de consommateurs, j’aime la qualité. Celle de l’image pour un DVD, celle du son pour un album. Elle existe avant tout (et parfois exclusivement) dans les produits physiques que l’on peut acheter en rayon. Le désir de consommer est réel, il existe. Les gens sont prêt à dépenser de l’argent pour obtenir des films en DVD parce qu’il y a derrière la promesse d’une expérience de qualité.

Je dis “promesse” parce que la réalité est tout autre.

Barrières à l’achat

Vous l’aurez deviné, la principale barrière, c’est le prix.

De manière générale, je soupçonne la majorité des gens de négliger le rapport qualité / prix et de se focaliser uniquement sur le prix, sous réserve (et c’est important) que le produit en question dépasse le seuil de tolérance. Ainsi, entre deux marques de café, si l’un est correct et bon marché, il sera préféré à l’autre, deux fois plus cher, mais incroyablement meilleur. Le rapport de qualité très favorable au second sera inutile dans l’acte d’achat.

Donc, si le prix est le premier facteur (et de loin) pris en compte lors d’un achat, on peut se douter que les nouveautés DVD à 20€ (pour 1 film !) ont du mal à trouver preneur. Parce que si on ne l’a pas vu avant, on ne veut pas prendre le risque de se retrouver déçu. Et si on l’a vu avant, alors le souvenir encore récent de sa vision en salles est préjudiciable à son achat.

Mais la sélection de DVD ne se restreint pas aux nouveautés (heureusement !). Du coup, il existe des milliers de DVD à “petits prix” : soit à l’unité à moins de 2€, soit en formule “5 DVD = 30€”.

Ces offres m’amènent à ma seconde barrière à l’achat : la recherche.

Parce que même si il existe pléthore de bons DVD, encore faut-il les trouver. Que ce soit en ligne ou en magasin, la recherche est laborieuse.

En ligne, que ce soit CDiscount ou Fnac.com, la navigation est tellement peu ergonomique et tellement lourde car chargée en javascript, images et bannières flash, que l’expérience de recherche vous dirige plutôt vers la sortie que vers l’acte d’achat.

En magasin, il y a le facteur distance qui peut jouer pour certains. Puis, il faut prendre le temps de se déplacer et de daigner se mêler à la foule parfois peu accueillante… Enfin, dans les bacs “petits prix”, la distribution est extrêmement inégale, avec 50 occurrences d’un mauvais film, et 1 seule, introuvable, de celui que vous voulez.

Au final, il n’est pas impossible d’outre-passer ces deux barrières à l’achat. Le souci, c’est qu’il y en a d’autres…

Barrière à l’utilisation

Depuis septembre, je regarde pas mal de DVD. Je les loue à la médiathèque ou les emprunte à une amie, ce qui me permet de contourner les premières barrières. L’expérience que je vis à chaque fois que j’insère un DVD est exactement celle que décrit cette fameuse image :

L’idée ici, et elle est centrale au problème du piratage, c’est que les distributeurs de DVD considèrent chaque consommateur comme un pirate potentiel.

Les DVD sont non seulement remplis de message légaux de copyright (“WARNING”) et d’animations aussi futiles qu’irritantes (et non passables), mais aussi de spots anti-piratage de 30 sec (notamment celui où une jeune fille commence un téléchargement illégal, puis au dernier moment, l’annule. Ouf.).

Cette propagande est terriblement condescendante (car vous traite comme un gamin incontrôlable), insultante (car vous déclare coupable par défaut) et inutile (car les vrais pirates s’en fichent et n’ont jamais à les regarder !).

On se dit alors :

BON SANG, je l’ai acheté ton putain de DVD, laisse-moi le regarder tranquillement !“.

Il faut m’expliquer pourquoi le distributeur souhaite délivrer un message du style “Achète mon DVD!!!” à un consommateur qui a DÉJÀ acheté le DVD !!! Le message est déjà passé puisque la transaction a déjà été faite !!!

C’est alors facile de comprendre la réticence qu’ont les gens à regarder (et donc à acheter) un DVD parce qu’ils savent au moment de l’insertion dans le lecteur qu’ils ne vont pas profiter du film avant 5 bonnes minutes.

La meilleure expérience que j’ai eue en regardant un DVD a été en regardant La femme d’à côté de François Truffaut. Bien que ce soit un mauvais film, j’ai eu la surprise en insérant le DVD de voir le film commencer instantanément. Aucun message légal, aucune pub, aucune animation, et même aucun menu ! Le DVD contenait le film, et uniquement le film. On aurait cru une VHS digitale.

Je passerai outre la profilération outrageuse des DRM qui sont une barrière technique à la consommation d’un DVD déjà acquis et qui amènent parfois (ça m’est arrivé pour des CD notamment) à l’impossibilité totale de jouir d’un produit qu’on a légalement acheté (et au prix fort).

Imaginons que le film que vous souhaitez avoir est tellement bon que vous passerez l’éponge sur les barrières déjà citées. Il en reste une…

Barrière à  la diffusion

Vous êtes en vacances aux US (ou moins loin encore, au Maroc). Vous tombez sur un très bon film et à un prix raisonnable. Vous êtes même prêt à vous coltiner les messages légaux, spots de propagande et autres temps d’attente.

De retour chez vous, vous insérez votre DVD tout neuf, acheté légalement à l’étranger, et vous allez vous préparer à manger (en attendant que le feuilleton légal passe). A votre retour, un joli message vous attend :

Ah merde. Je suis un consommateur. J’ai aimé votre film. Je vous ai donné de l’argent parce que j’aime votre film et que je veux le posséder et surtout le consommer. Vous avez eu votre dû, mais moi, honnête mais naïf cinéphile, j’ai été baisé lésé.

Les zones DVD… Ce système honteux qui sert à une seule chose : fournir un outil aux distributeurs pour appliquer une discrimination par les prix : “donc toi européen, tu as de l’argent donc tu vas payer 20€ ton DVD, mais toi habitant du tiers-monde, t’as pas beaucoup d’argent donc si je le fais pas à 4€ tu pourras jamais l’acheter”.

Il n’y a pas d’autre raison d’être (valable) aux codes régionaux des DVD que de vouloir maximiser le bénéfice possible par zone de vente. Parce que non, ce n’est pas une contrainte technique ! La preuve : même le contenu digital (comme Hulu) se trouve distribué inéquitablement à travers les zones géographiques.

Du coup, la globalisation du marché est unilatérale : le producteur peut vendre partout mais le consommateur ne peut pas acheter partout.1

Le DVD que vous possédez se voit donc restreint par se géographie. Quant à vouloir le prêter à un ami…

On veut consommer bon sang !

Le piratage résoud deux problèmes :

  • l’accès au produit (physique ou digital)
  • l’accès au contenu (la consommation du produit)

Je ne sais pas comment l’exprimer plus clairement : les gens veulent acheter des films et des albums, quel que soit leur support. Mais l’expérience d’achat est tellement exécrable que l’écart entre le désir de consommer et l’acte de consommer ne cesse de grandir.

  1. Enfin, il peut toujours acheter, mais il ne pourra consommer son bien…